Publié le 30 Août 2021
Le regard à travers soi ou l'identité du mensonge.
Si l'on s'en tient à l'étymologie du mot "regard", on rencontrera la base indo-européenne "faire attention" et la base germanique "être attentif".
Sans aborder les bases de la science étymologique, nos possibles rencontres au sein du cercle de la Hiérokosmogamie sont un possible de regard global dénué de résistances et d'acceptations. Elles ne s’apparenteront pas à l'introspection ni à la méditation. Elles ne comporteront aucune pratique; elles sont le possible d'un ressenti intérieur auquel rien n'est lié. Elles ne comporteront pas de programme, ni d'études -bien qu’une ossature légère soit nécessaire- et ne sont en rien reliées entre elles. Y participer ou en être absent ne dépend pas vraiment de vous.
Regarder en soi, c'est devenir petit à petit gardien de soi-même¹, c'est connaître exactement la "ville intérieure" et toute son authenticité. Cela nécessitera la vision de toutes les altérités qui encombrent ce lieu intérieur. L'altérité, la vision ainsi que l'ensemble de l'activité quotidienne ne sont que ricochets nécessaires au désencombrement.
L'unique problème de la "tension ordinaire" est la séparation entre ce qu'il advient et un « je » auquel cela advient. La compréhension ultime se trouve dans l'abdication de la croyance en un « je » en relation avec une multitude d'états séparés. Il n'y a en réalité pas de « je » auquel quoi que ce soi arrive, juste un lieu dans lequel cela arrive. Il n'y a pas de « je » séparé d'une expérience, il n'y a que l'expérience entière qui s'accomplit d'elle-même. Ce que l’on nomme l’humain n’est qu’un lieu en lequel cela né s’émancipe et meurt. Ce « je » personnel qui se prend pour un point de départ n’y est pour rien.
Pouvons-nous avancer ceci : l’existence n'est pas une construction, une continuité d'événements collés les uns aux autres comme les plans et les séquences d'un film destinés à atteindre un point cible, mais une complète et continue destruction de la croyance en un « je » séparé, localisé et enclin à un certain nombre de croyances personnelles. Le concept « je » crée non pas la dualité naturelle, mais un dualisme une distinction sans réciprocité, et en finalité, un passé et un devenir. Il est bon à ce stade, pour que la lecture de ces mots ne reste pas une simple glissade sans effets, de percevoir l’effet produit, percevoir ce qui se lève en vous. VOIR si cette proposition a tout loisir de courir en vous ou si déjà elle est cadenassée par un savoir ou un souvenir qui fait obstacle. C’est cela l’essentiel. Les mots proposés, les phrases ont deux visages : plongeoir ou mur.
Toute expérience vivante et accomplie est sans mémoire. Pas d'expériences passées venant influer le présent, pas de mémorisation de ce présent. Être fondamentalement conscient s'est être sans mémoire, c'est retirer tout pouvoir à un « je » illusoire chargé de porter seul tout le poids de l'existence linéaire en contrecarrant la Présence globale sans début ni fin (éternelle) ce qui oblige à déployer l'argumentation du souvenir d'expériences passées sur lesquelles on s’appuie et l’anticipation d’un but hypothétique à venir. L’humain-je maître de sa propre destinée…
Nous ne pouvons jamais comprendre, jamais goûter ce que nous tenons à distance. Ceci est connu du chercheur spirituel sincère. Mais ce dont je parle exactement concerne uniquement la distance fondamentale : la croyance absolue en un moi-je qui est la séparation d’avec la Connaissance Naturelle de ce qu’est l’humain quand il devient l’Homme. Croire que je suis moi altère toute émancipation de ce qui vient, s’émancipe et disparaît au coeur du lieu que nous sommes. Non pas être conscient, mais laisser la conscience être. Or, c'est ce qui s'élève au coeur du lieu qui est conscience. Existence automatique et croyances sont toutes deux douées de moteurs séparateurs bien/mal, bonheur/malheur, normal/anormal en tant que dualisme moral et, il me faut être net : toutes les démarches, les propositions hyper multiples d’aujourd’hui plus ou moins sincères, c’est-à-dire purement psychique, partent du principe que quelque chose ne va pas, qu’ils vous manquent quelque chose ou que quelque chose peut être amélioré ou retiré et qu’elles détiennent les éléments convenables permettant l’harmonie. C’est faux. Cela correspond exactement à ce qui est mis en place par certains laboratoires pharmaceutiques : créer la maladie d’abords et vendre ensuite le médicament déjà prévu ensuite. Ce broyage qualitatif crée détente et tension, participation et distance. Les ressentis "bien", "normal", "bonheur", "juste"...justifie une participation intérieure, un oui global. Mais les ressentis "mal", "douleur", "anormal" créent le retrait du je-moi, le refus. Or, si la distance avec l'événement extérieur est possible, aucune distance n'est possible avec l'événement intérieur et son climat. Ce ressenti présent doit être total, charnel, et libre du "procédé" qui a permis sa contemplation ; ceci n'est possible que dans la mesure où "je" est reconnu comme usurpateur d'un pouvoir de décision inexistant.
La formidable compréhension non mentale - surgissant d'elle-même - est qu'il n'y a pas d'humain, pas de " moi " et pas de " je" auquel quoi que ce soi arrive. Ce qui arrive est l'identité pleine et complète (dans le sens tout est déjà fait) d'une Présence Globale sans cesse en Construction/Emancipation/Effondrement sans début ni fin. Toute analyse de ce qui s'élève dans le lieu est comparaison fossilisée par ce noyau fixe : je-moi se basant que sur lui-même parce que convaincu d'une expérience passée en tant que vérité. Cela autorise le remodelage de l'expérience présente.
Le vaste problème du chercheur spirituel sincère (celui qui ne papillonne pas) n'est autre que celui-ci: comprendre et expérimenter qu'il n'y a pas de je-moi en émancipation, mais que chaque aspect déployé n’est sans aucune forme de présence, que chaque aspect est une capacité d'effondrement dans un Silence, un Repos dont émane le ressenti. À cet instant, ce qui est Est la totalité de ma présence consciente. Ce qui s'émancipe est ce que Je Suis auquel rien ne peut être ajouté au risque de blasphème. N'étant plus un je-moi endimanché de sa vénérable considération de soi, ce Je Suis n’est plus séparé de rien par l’abandon de l’identité figée. Tout étant identité constamment renouvelée.
© Serge Simonotti. "Qu'il soit permis à ceux qui Connaissent ce Reflet d'Entendre."
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